Cette section était particulièrement exigeante du point de vue des dénivelés, mais j’ai surmonté mes plus grandes peurs et j’ai appris beaucoup sur les plantes et champignons comestibles. J’ai commencé à rendre la randonnée plus intéressante que juste de la marche tous les jours. J’ai aussi terminé le premier tier !

Jour 65 : mile 735,3

1/3 du sentier terminé !

Je me réveille avec le genoux droit très gonflé et douloureux en dessous de la rotule. Mon corps n’a à priori pas apprécié la dernière section qui était assez exigeante, mais celle que j’entame aujourd’hui va l’être encore plus… Je mets de la glace autant que possible, je reprends les ibuprofenes et j’achète deux genouillères en espérant que cela m’aide. PinkFlops pense qu’il s’agit d’une tendinite, mais que ça devrait passer si je ralentis dans les descentes.

Ravitaillement, puis restaurant dans lequel on passe pas mal de temps. Nous n’avions prévu que 5 miles aujourd’hui pour nous reposer un peu, donc on a bien le temps. Waldo nous rattrape enfin; il était toujours une demi journée derrière nous car il avait trop bu un soir et avait fait la grâce matinée. Bob, elle, et venu à l’hôtel avec nous et repart aujourd’hui en avance car elle doit à nouveau s’absenter quelques jours. On la retrouve normalement dans une semaine.

Sur les coups de 16h, je me met en route le long de l’autoroute 81 jusqu’à ce que le sentier bifurque et commence à monter dans les montagnes. C’est plutôt graduel et assez bien abrité du soleil. Le petit vent a aussi aidé à baisser la température et l’humidité. C’est tout de suite bien plus tolérable.

Quand j’arrive à l’abri, je suis étonné de voir qu’ils ont installé un réservoir de récupération des eaux de pluie au niveau du toit. C’est très bien pensé car nous sommes tout en haut d’une colline et il n’y a pas d’eau aux alentours. Je mange avec les autres puis on va tous se coucher en même temps que le soleil. Mon genoux a été un peu douloureux mais ça allait encore car j’étais sous anti-inflammatoires. On verra ce que les prochains jours donnent.

Jour 66 : mile 755,3

Je me lève avec un genoux toujours un peu gonflé et douloureux. Les premiers pas n’étaient pas les plus plaisants mais quand mon corps s’est réchauffé, les douleurs n’étaient plus vraiment présentes. Je marche encore sous ibuprofenes par contre, donc je dois faire attention de ne pas trop forcer.

Le sentier est particulièrement simple aujourd’hui. Un bon dénivelé mais rien de trop raide, et les descentes sont assez progressives ce que mes genoux apprécient. À la première rivière, je trempe mes jambes dans l’eau. Immédiatement, une trentaine de petits poissons viennent manger mes peux mortes. Après quelques instants, je ressens un pincement… Une petite écrevisse était en train de s’attacher sur moi !

Le printemps est arrivé!

J’ai continué la marche jusqu’à arriver à un petit parking qui avait une très belle vue sur la partie est de la crête que je suivais. La section était particulièrement sèche, sans ravitaillement en eau pendant un bon 16km. Comme j’étais un peu juste, ayant sous estimé la température qu’il allait faire, j’ai préféré marcher sur la route qui suivait le sentier parallèlement. À chaque voiture qui passait, je secouais une bouteille d’eau vide pour faire comprendre que j’étais à sec. Deux voitures se sont arrêtées et m’ont donné une petite bouteille chacune.

Quand j’ai compris que la route avait une meilleure vue de part puis d’autre de la crête, que le sentier qui restait sous les arbres, j’ai préféré continuer sur le bas côté du bitume. J’ai atteint un service parking où une voiture était garée. 4 personnes âgées du Kentucky m’ont offert un coca, une bouteille d’eau, du fromage, du saucisson, deux bananes, des cracottes et deux barres chocolatées; le reste de leur pique-nique. J’ai festoyer avant de continuer jusqu’à rejoindre le sentier. J’étais censé arrêter ma journée là mais il était encore relativement tôt. Timber, qui a rejoint le groupe il y a 2 jours, était là. On s’est motivés à aller un peu plus loin jusqu’à un abri car il y a des risques de pluie cette nuit. Un peu plus loin, on est tombés nez à nez avec un beau serpent noir. Il l’a pris dans ses mains puis me l’a donné. J’étais tout content de le porter ! Je n’ai pas spécialement peur à la vue d’un serpent. Par contre, en tenir un sauvage dans mes mains me faisait très peur. Je me suis forcé un peu car c’est en se mettant dans l’inconfort qu’on forge les meilleurs souvenirs et qu’on se sent vivant.

Arrivé à l’abri, j’ai fait ma séance d’étirements et de massage. J’ai remarqué que toute ma jambe droite était gonflée. Ce n’est vraiment pas rassurant… Le genoux en lui-même ne l’est pas trop.

Jour 67 : mile 772,5

J’ai très mal dormi cette nuit. Nous n’étions que deux dans l’abri, un randonneur que je ne connais pas et moi même, mais son tapis de sol gonflable était très bruyant et il bougeait beaucoup. A plusieurs reprises, il s’est levé en pleine nuit et n’a pas hésité à utiliser sa lampe frontale avec la lumière blanche plutôt que la rouge, me réveillant à chaque fois. Et pour couronner le tout, il a mis un réveil à 5h et a mis une heure complète à ranger ses affaires, dans l’abri. Un manque de respect complet qui m’a tenu éveillé une trop grosse partie de la nuit.

Niveau distance, j’avais prévu de faire 17 miles, donc une journée correcte mais pas trop compliquée, sauf que le dénivelé positif était très important et en deux montées seulement. Presque 1800m de dénivelé, avec une météo plutôt capricieuse d’annoncée. J’ai commencé la marche plutôt ronchon de la petite nuit que je venais de faire, mais ça s’est estompé quand le soleil a pointé le bout de son nez. La pluie de la nuit s’était arrêtée au petit matin, ce que j’appréciais beaucoup.

J’ai fait la première montée d’une traite, sans trop de douleurs, en me motivant avec un peu de musique bien rythmée. J’ai profité d’un très grand abri avec une capacité de 20 personnes pour manger mon repas du midi. J’ai substitué une grosse partie des noix de cajou, amandes et pistaches par des gâteaux belvita et des tortillas avec du fromage et du saucisson. C’est bien plus calorifique et plus simple à manger. Je ressens beaucoup plus de force qu’avant. J’ai aussi acheté une plaquette de chocolat noir 70% à l’orange, et je me fais un petit plaisir en mangeant un carré en dessert.

En quittant l’abri avec Timber, on croise deux serpents qu’il prend dans ses mains. Un peu plus loin, c’est le tour de deux petites salamandres oranges.

Il fait chaud, mais surtout très humide. Je sue à très grosses gouttes et ma consommation en eau a bien augmenté. J’ai régulièrement des gouttes qui perlent de mon front dans mes yeux, ce qui brûle tant c’est salé. Mon t-shirt se met lui aussi à dégouliner. J’ai un peu l’impression d’être dans une jungle vu l’ambiance, la densité de la végétation, les odeurs et les cris d’oiseaux. C’est plutôt reposant et plaisant. Quand j’arrive au second abri, juste avant la seconde montée, je grignote quelques barres et je tombe de fatigue pour une courte sieste.

Des champignons Reichi

Je prends un peu de caféine et j’attaque cette longue montée. Pour m’aider, je commence avec de la musique assez douce jusqu’à avoir un rythme de croisière confortable, puis je me mets à écouter un livre audio en anglais. Ma concentration est telle que je me perds complètement dans le livre et ne voit pas le temps passer. J’atteins le sommet sans même m’en rendre compte. De là, je vois qu’il pleut averses un peu partout autour de moi mais que les nuages qui m’arrivent dessus ne sont pas trop menaçants. Le soleil a disparu et le vent s’est un peu levé, ce qui rafraîchit l’atmosphère; j’apprécie. Un peu plus loin et je passe sous « la guillotine ». C’est un ensemble de rochers qui ressemble un peu à une guillotine. Petit clin d’œil à la France je suppose.

La guillotine

J’arrive à l’abri pour la nuit juste avant 16h. Je suis plutôt fatigué et mon genoux devient fort douloureux, mais je suis plutôt content de moi. Je démarre un feu qui s’avère très plaisant lorsque les nuages commencent à s’installer autour de l’abri. Alors perdus dans la brume, les oiseaux se taisent et ne restent que les crépitements du feu avec lesquels je m’endors.

Jour 68 : mile 787,3 – Glasgow

J’ai passé une excellente nuit, comme j’en avais clairement besoin. Le réveil se fait légèrement dans les nuages avant qu’il ne laisse place à un vrai ciel bleu. Je n’ai presque que de la descente aujourd’hui, ce qui ne m’enchante pas trop vu mes genoux, mais j’augmente la taille de mes bâtons et j’avance lentement.

Après quelques minutes de marche, j’arrive à un point de vue à couper le souffle. Une petite avancée permet de sortir de la canopée et de là, je remarque que je suis au-dessus de la couche de nuage de laquelle sortent quelques sommets. C’est une sensation vraiment magique que de se retrouver au-dessus de ces boules aux allures de coton formant une mer blanche à perte de vue…

Plus loin, j’arrive devant un panneau indiquant qu’il est strictement interdit de camper sur une section de quelques kilomètres car une randonneuse a été mordue par un ours il y a deux jours. J’ai préféré attendre d’arriver à l’abri interdit au camping avant de faire une petite pause pour manger mes tortillas au fromage et saucisson. Enfin, j’ai fait les derniers kilomètres jusqu’à un pont qui passe au-dessus de la très grande rivière James.

Je n’ai pas beaucoup de peurs. Mais le plus grosse phobie que j’ai, c’est de sauter dans l’eau. Je n’ai aucun problème à sauter d’un avion à 4000m pour une minute de chute libre, mais sauter d’un plongeoir de quelques dizaines de centimètres dans l’eau me tétanise. Alors que je traversais le pont, j’ai entendu quelqu’un crier, puis un gros plouf. PinkFlops et Timber venaient de sauter de ce pont d’au moins 6m de haut. Et si c’était l’occasion de surpasser ma plus grosse peur ?

Je me déshabille et rejoins Squirrel, PinkFlops et Timber qui sont déjà de l’autre côté de la rambarde. Je passe au-dessus et me voilà les orteils dans le vide, face à une chute de plus de 6m. Je suis tétanisé. La peur m’envahit et je panique légèrement. J’entends Waldo sur la rive compter jusqu’à 3. À 3, le temps semble se dilater. Du coin de l’oeil je vois Timber en train de chuter. Sans réfléchir, je me lance en avant. Mon corps est rempli d’une énorme tension, mais aussi d’une certaine liberté. D’un vide pour le moins étrange.

Me voilà dans les airs. J’ai l’impression de ne plus rien contrôler. Je vois le décors défiler autour de moi de plus en plus vite et pourtant j’ai l’impression d’aller au ralenti. J’ai par contre l’impression de perdre l’équilibre alors que je ne touche pas le sol. Inconsciemment, je me courbe vers l’avant. Juste avant l’impact, je suis penché en avant. Plouf. Je fais un claquage des pectoraux et du coup. Comme une énorme claque que je ne ressens presque pas. Me voilà dans l’eau. C’est froid, c’est bon, c’est calme. Tout mon stress, toute ma peur, tous mes ressentis se sont transformés en adrénaline, en joie, en fierté. Je sors la tête de l’eau. Je l’ai fait. J’ai vaincu ma plus grosse peur.

De la glace au genou et à la gorge

J’en paie par contre le prix. J’ai une très grosse douleur à la gorge, au-dessus de la pomme d’Adam à cause de la mauvaise réception. Quand l’adrénaline se dissipe, je suis contraint de me tourner vers la codéine tant le moindre mouvement de ma langue, la moindre déglutition, ou le moindre mouvement de tête me fait mal.

En ville, j’achète des glaçons et je m’installe sur un banc pour glacer un peu mon cou et mon genoux. Puis je passe au restaurant dans lequel je suis sur le point de m’endormir en mangeant un milkshake. Je dormirai dans l’abri gratuit qui se trouve dans la ville. Juste avant de me coucher, je suis entouré de quelques lucioles qui scintillent. C’est la première fois que j’en vois, et j’en suis ravi !

Jour 69 Pluie 17 : mile 797,7

Ma gorge est toujours très douloureuse, et mon genoux est toujours gonflé. Je prends donc ma dose d’ibuprofene et un cachet de codéine. Je n’ai que 10 miles à faire sur la journée, donc je prends mon temps pour faire mon ravitaillement, manger quelques glaces et sandwichs, et mettre de la glace partout où j’ai mal. Quand la navette me dépose sur le sentier, je remarque que j’ai un peu plus de 1200m de dénivelé positif sur à peine 16km de marche. Je mets un podcast dans les oreilles et je commence à marcher. J’arrive au sommet presque en un claquement de doigts ! Étonnement, je ne l’ai pas vu passer. J’ai marché tranquillement sans trop me fatiguer, sans pousser mon cardio à son maximum. D’en haut, je peux voir toute la vallée creusée par la rivière James. Il pleut constamment depuis ce matin mais c’est une petite pluie fine qui ne me dérange pas particulièrement.

C’est raide…

Un plat plus loin et je suis au pied de la seconde montée. Tout comme la première, je la termine sans trop de soucis. Je profite un peu de la vue puis je redescends jusqu’à l’abri où Timber avait commencé un petit feu de camp fort appréciable. La pluie s’intensifie quand le soleil se couche, de même que les grenouilles qui font un sacré bordel ! Heureusement que j’ai des bouchons d’oreilles.

Jour 70 : mile 812,9

J’ai plutôt bien dormi, et surtout, je suis sec. La pluie s’est arrêtée vers 3h. J’ai commencé à marcher dès 6h30. Mon genou est encore un peu douloureux, mais ça commence à aller mieux. Ma gorge de même.

Le sentier débute par une petite descente très humide de la veille. Le long du sentier, je croise quelques grenouilles et des centaines de petites salamandres oranges. Je vois aussi de nombreux champignons. Timber s’y connaît plutôt bien là-dessus et m’aide à en identifier quelques uns. J’ai par exemple trouvé des Reishi, particulièrement bons pour le cerveau. Il faut par contre les sécher avant de pouvoir en faire un thé. Je n’ai pas pensé que je serai chez Bob dans quelques jours et que je pourrai les sécher. Si j’en trouve à nouveau demain, je les récolterai. Timber me montre aussi que le meilleur moyen de trouver d’autres types de salamandres est en retournant des rochers dans les cours d’eaux. Et effectivement, premier rocher que je retourne, deux grandes salamandres !

Plutôt que de dormir dans nos tentes dans un campement, on se dit qu’écourter la journée d’à peine 2km pour dormir dans un abri est une meilleure idée car une très grosse averse est prévue cette nuit. Les derniers kilomètres jusqu’à l’intersection se font sur une longue montée de plus de 1000m de dénivelé positif d’un coup. C’était un peu dur par moments car un peu trop raide, mais dans l’ensemble, ça allait. J’étais par contre un peu déçu au sommet car j’étais dans les nuages donc je n’ai pas eu de vue.

J’ai pris l’intersection sur un sentier d’un kilomètre hors sentier sur une légère descente pour arriver à l’abri où deux randonneurs étaient déjà installés. On a quand même réussi à installer tout le monde au sec. Comme il était encore très tôt, on a fait un grand feu de camp autour duquel on est restés de nombreuses heures jusqu’à ce que la pluie arrive, en quelques secondes à peine. Une très très grosse averse qui a duré de nombreuses heures. Au total, plus de 3cm de pluie étaient prévus. Vous imaginez bien à quel point nous étions contents d’être au sec.

Jour 71 : mile 834,5

Il a fait bien frais cette nuit. C’était appréciable. Je commence cette longue journée à 6h30, sous un soleil un peu timide. Je marche d’abord jusqu’au sentier, puis je le suis jusqu’au sommet de Cole mountain. Très belle vue sur les alentours. De là, je marche sur la crête jusqu’à atteindre Sky Rock, un gros rocher sur lequel on peut monter pour observer les alentours. De là, Timber me montre comment reconnaître et récolter des polypores soufrés. C’est un champignon assez simple à reconnaître et qui, une fois cuit, est censé avoir un goût de poulet.

Quelques heures plus tard, je trouvais moi-même mes premiers polypores soufrés. J’en récolte un peu pour le soir et je reprends la route vers le sommet de Priest Mountain. J’étais aussi sur le qui-vive pour le champignon Reichi. Supposé excellent pour la santé, il demande un peu plus de préparation, et j’ai le temps demain pour m’en occuper. J’en ai trouvé hier de très beaux mais je n’ai pas pensé à les prendre, et ils sont rares. Malheureusement, je n’en trouverai pas de la journée.

Il est coutume d’expier ses péchés dans le carnet de Priest Mountain (la montagne du prêtre). J’ai beaucoup ri en lisant quelques unes des histoires que les gens ont racontés dedans. En reprenant la route, je suis tombé nez à nez avec un serpent à sonnettes. Le premier de l’aventure. C’était ensuite une très longue descente de plus de 1000m. Douloureux pour les genoux, j’ai dû faire quelques pauses. Une fois au campement, j’ai monté ma tente et je me suis trempé dans la rivière. Il y avait beaucoup de sumac vénéneux, une plante à ne surtout pas toucher car elle donne des irritations et réactions allergiques très puissantes. On a ensuite cuisiné les champignons ; c’était un délice ! Je n’ai pas tardé à me coucher car j’étais vraiment fatigué de cette longue journée.

Jour 72 : mile 845,2 – Charlottesville

Dernière journée de marche avant d’aller chez Bob. Une tournée avec peu de distance mais beaucoup, beaucoup de dénivelé positif très raide. Plutôt que de suivre le sentier, j’ai pris un détour le long d’une rivière. J’ai pu voir quelques cascades, et de très beaux bassins dans lesquels je me serai volontiers baigné s’il avait fait un peu plus chaud.

Non sans mal, et très essoufflé, j’arrive au parking où le copain de Bob nous attendait. On est passé en ville manger un Chipotle puis direction chez Bob pour une douche, une lessive, un peu de repos et beaucoup de bonne bouffe. Demain, on prend la route direction Damascus pour Trail Days, le plus grand festival de randonneurs au monde.

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