Dernière ligne droite pour atteindre la Virginie, mon sac de protection contre les ours va être mis à rude épreuve. Je vais aussi traverser une section que j’attendais avec beaucoup d’impatience, dans laquelle se baladent librement des poneys sauvages. Et j’étais loin d’imaginer que j’allais faire deux grosses journées d’affilées malgré un début d’inflammation aux chevilles.

Jour 44 : mile 428,5 – Hampton

Journée de repos ! Quel plaisir de me lever et de savoir que je vais pouvoir ne pas bouger de la journée ! Sur la journée, je suis allé au bord du lac dans lequel je me suis baigné malgré la température de l’eau. Moi qui ai beaucoup de mal avec le froid, je me suis surpris en réussissant à rester 7 minutes complètes dans l’eau. Petite séance de yoga ensuite pour se détendre.

Au soir, un trail angel a ramené 23 pizzas pour nourrir une petite 20aine de randonneurs affamés. C’était délicieux ! Je me couche assez tôt pour être en forme demain.

Jour 45 : mile 444,5

Après une excellente nuit et un petit déjeuner copieux, je prends la route. Il fait beau, il fait chaud. Les premiers kilomètres sont autour du lac dans lequel j’ai nagé la veille. Ensuite, une longue montée pour remonter dans les hauteurs, puis en enchaînement de petits monts pour le reste de la journée.

J’ai quelques coups de soleil dans le dos, là où je n’arrivais pas à mettre de la crème solaire. Ça frotte avec mon sac ce qui n’est pas très confortable mais c’est moins douloureux que lorsque ça m’est arrivé sur le CDT.

Il faisait si chaud que des gouttes de sueur coulaient constamment sur mon front. J’ai par contre plutôt bien géré mon hydratation. À mi distance avec mon point d’arrivée, c’était la dernière source d’eau jusqu’au soir. J’ai donc bu 1,5L avant de la quitter, et je me suis chargé de 2L. 10km avant la fin de la journée, j’ai commencé à ressentir des douleurs à l’avant de la cheville gauche, comme une inflammation. C’est peut être à cause du changement de chaussures, et ça me fait un peu peur. J’ai pris 4 ibuprofenes au soir, et je ferai un taping demain. En espérant que ce ne soit que passager.

Sinon, il ne s’est rien passé de particulier aujourd’hui. Ce n’était pas une dure journée. Par contre, le sentier a fait presque une ligne droite toute la journée, ce qui montre à quel point j’arrive à avancer lorsque je regarde une carte. C’est encourageant. Je redoute par contre un peu demain car c’est censé être une journée très pluvieuse et des orages sont prévues.

Jour 46 Pluie 11 : mile 460,5

Il a plu une grosse partie de la nuit. Je me lève le matin toujours avec la douleur de la veille à la cheville gauche, ce qui indique effectivement une inflammation. Pink Flops me fait un double taping que je complémente avec une chevillère. Je prend aussi 400mg d’ibuprofene ce qui a un impact sur la douleur ressenti, mais qui devrait aider dans les prochains jours à réduire l’inflammation. En espérant ne pas devoir prendre quelques jours de repos dans la ville de Damascus.

J’attends un peu que la pluie se calme et je commence à marcher. Il fait particulièrement froid ce matin. 4 degrés et un petit vent qui garde mes mains froides quelques dizaines de minutes. Je fini par me réchauffer et la pluie par se calmer. Un peu plus loin, à une jonction avec une route, un sachet avec quelques boissons et chips était placé là pour de la trail magic. En quittant cette route, je commence à traverser quelques pâtures. Il y avait un banc en plein milieu sur lequel je me serais volontiers posé si la vue n’était pas couverte. Peu après, j’arrive à un abri dans lequel je m’installe pour grignoter un peu. À peine deux minutes plus tard, une très grosse averse débute et tourne en grêle.

Pink Flops
Squirrel

Je suis resté à l’abri pendant 2h30. Quand ça s’est calmé, j’ai repris la route. C’était une journée très simple, avec peu de dénivelé et surtout, des dénivelés progressifs. Une journée plutôt plaisante, surtout quand le soleil s’est montré en fin d’après midi. J’ai par contre boité toute la journée pour limiter le poids sur mon pied et parce que le taping est assez contraignant. J’ai pris un total de 800mg d’ibuprofene sur la journée. Je verrai dans quel état je me lève demain.

Mantis
Waldo

Jour 47 : mile 472,2

C’était pour le moins une nuit mouvementée. Vers 1h, j’ai commencé à avoir des nausées. Je me suis donc levé pour souffler un peu et éviter la position horizontale. Une vingtaine de minutes plus tard, ça allait mieux, donc je suis retourné m’installer dans l’abri. Peu après, j’ai entendu des pas sur les feuilles, et comme si quelqu’un se raclait la gorge. En ouvrant les yeux, je n’ai pas vu de lumières. Très étrange. Le bruit s’arrête, puis reprend très intensément, comme si trois ou quatre personnes étaient en train de se battre. Je me lève immédiatement et aperçois les contours d’un ours en train d’essayer de prendre ma nourriture. J’utilise un Ursack, un sac en kevlar, que les ours ne peuvent pas ouvrir pour récupérer la nourriture. Ils peuvent mordre, mais pas le déchirer. Ce sac, je l’accroche à un arbre, mais pas besoin de le suspendre.

Immédiatement, je bondis et je commence à faire du bruit pour le faire partir. J’avance en criant et en claquant des bâtons. Tout le monde se réveille et commence à éclairer la zone. L’ours recule mais ne part pas très loin. Mon sac est toujours accroché à l’arbre. Je continue de faire du bruit et d’avancer. Il se met sur deux pattes et me regarde fixement. Je vois ses yeux briller avec les lumières lointaines des autres. Kirby arrive derrière moi et met sa lampe à fond. On voit très bien l’ours qui ne daigne pas bouger. Je prend une grosse pierre que je jette juste à côté de lui. Il fuit d’une dizaine de mètres et se cache derrière un arbre. Juste sa tête dépasse pour nous regarder. Je lance une seconde pierre tout en criant et touche l’arbre sur lequel il est, mais il ne daigne pas bouger. On avance à deux, toujours en criant, alors que le reste du campement est en train de se réunir derrière nous. Il fini par fuire un peu plus loin.

Je vérifie mon sac, qui a quelques crocs. Le nœud à très bien tenu, et l’ours n’a pas été capable de récupérer de nourriture. Pour information, un ours qui mange de la nourriture humaine est un ours qui sera abattu aux US. Je retourne dans l’abri et deux randonneurs qui ne connaissent pas ce type de matériel sont effrayés et persuadés que je fais n’importe quoi alors que j’utilise le matériel comme il faut. Ils me tannent pour que je le suspende avec les autres. Pour les rassurer et surtout pour qu’ils me foutent la paix, je vais le suspendre sur la corde de Waldo. On retourne tous se coucher. Pendant une dizaine de minutes, on entend l’ours revenir et roder aux alentours du campement. Il est même monté dans un arbre pour essayer de récupérer un sac qui pendait.

Au petit matin, je remarque que les deux voisins, qui étaient effrayés, ont gardé dans l’abri leurs sac poubelle et leur sac avec leur matériel de cuisine, ce qui clairement attire les ours. Ils utilisent des bear canister, boîte en plastique que les ours ne peuvent ouvrir. Sauf qu’ils les ont mal utilisé. L’ours à essayé de les ouvrir et les a toutes les deux faite dévaler la pente dans une épaisse faune. Impossible de les retrouver. La personne qui dormait en tente le plus proche de mon sac dormait avec sa nourriture dans sa tente… Et c’est à moi qu’on essayait de faire la leçon !

L’ours était toujours en train de rôder autour du campement au petit matin. On a pu le voir à peu près à l’endroit où on l’avait perdu de vue la veille. Je récupère mon sac, mange mon petit déjeuner et débute cette journée. Je n’ai pas de douleurs particulières à la cheville ce matin mais je garde un taping et ma chevillère en prévention. Après quelques heures de marche, j’atteins la frontière entre le Tennessee et la Virginie. Ce 4 ème état est le plus long de l’aventure. C’est aussi dans celui-ci que se trouve la ville de Damascus que j’ai traversée un peu plus loin, et dans laquelle je reviendrai à la mi-mai. Je reviendrai sur le pourquoi dans quelques jours.

En ville, je mange des nuggets et le pire milkshake que j’ai pu manger dans ma vie. C’était juste du lait, pas vraiment de glace. J’étais très déçu car ça fait presque un mois que j’en voulais un mais que je n’en trouvais nulle part. Je recharge mes batteries, sauf celle de ma lampe qui refuse de se charger alors que je ne l’ai chargé encore qu’une fois… Plutôt déçu de ce produit. Je met de la glace sur mes chevilles, puis je reprend la route pour atteindre le petit campement à 2km de là.

Malheureusement, il n’y avait pas la nourriture que je voulais dans le magasin. Je me retrouve avec des plats que je n’arrive pas à manger tant j’en ai été dégouté sur le PCT. Je me force à avaler la moitié avant d’abandonner et de me coucher.

Jour 48 : mile 489,3

J’ai dormi à la belle étoile car je n’avais pas le courage de monter ma tente. Je n’étais pas proche d’un abri. Il a fait -2 degrés pendant la nuit mais si ce n’est aux alentours de 5 heures, je n’ai pas eu froid, et j’ai plutôt bien dormi. Je me réveille sans douleur à la cheville. Néanmoins ce n’était que temporaire. Dès le 3 ème kilomètre, la douleur est revenue. J’ai profité de la première rivière de la journée pour y plonger mes pieds histoire de réduire l’inflammation. J’ai eu l’occasion de voir un autre ours en reprenant la route.

Un peu après, j’ai pris le chemin alternatif qu’est le Virginia Creep Trail. Il évite un peu de dénivelé positif, mais ce qui m’intéressait le plus, c’était d’avoir un sentier qui ne penche pas d’un côté comme ça l’était le matin. C’est ce mouvement qui est douloureux. J’ai donc suivi la rivière sur ce large sentier. C’était une très belle section. J’ai eu une belle surprise quand je suis passé à côté d’un petit restaurant dans un village de 6 maisons. J’en ai profité pour manger deux hotdogs et une glace. Ils m’ont aussi donné de la glace pour que je mette ça sur ma cheville le temps que je mange.

Ce sentier a fini par rejoindre l’Appalachian Trail. Avant de quitter la rivière, j’ai trempé mes chevilles à nouveau car la douleur était de plus en plus intense. J’ai procédé de la même manière un peu plus tard avant d’arriver au campement. Vu les douleurs, je crains que je ne sois obligé de passer quelques jours dans la prochaine ville pour que ça se calme… Je verrai quand j’y arriverai d’ici quelques jours.

Juste avant d’atteindre le campement où je dormirai à la belle étoile une fois de plus, le sentier est sorti brièvement de la forêt pour traverser quelques pâtures. Un changement de décors assez soudain et bref mais appréciable.

Jour 49 : mile 510,2

J’ai eu un peu froid cette nuit, pourtant, il a fait -2 comme la veille. Je me lève assez tôt car c’est une grosse journée. Au programme, 20.9 miles. Début de journée sur une longue montée qui m’aide à me réchauffer. Je fini par passer au-dessus des arbres et je traverse des pâtures. Le sentier n’est pas très compliqué mais il y a beaucoup de rochers ce qui n’aide pas avec les douleurs que j’ai à la cheville. Néanmoins, je continue de pousser dessus. Je devais être en ville dans 2 jours, l’occasion de me reposer et de mettre de la glace sur cette inflammation.

Petite session d’escalade

Alors que j’étais en train de monter sur le mont Rogers, perdu dans un podcast, j’ai raté une intersection. Je me suis aventuré sans le savoir sur un autre sentier, sur 1,2km. Quand je m’en rend compte, je remarque que le seul moyen de retourner sur l’AT est de faire demi-tour. 2,4km de plus sur une journée déjà chargée de 33,5km… Je suis furieux et ça me met de très mauvaise humeur.

Mon humeur a changé un peu plus tard quand j’ai atteint le mile 500, soit 800km. Quelques centaines de mètres plus loin et je rentrais dans la section de Grayson Highlands, un passage très connu pour ses poneys sauvages. Par centaines, ils se baladent librement sur cette longue section. J’ai commencé par voir un groupe de 6 en train de se reposer au soleil. Quelques pas plus tard, un très beau poney était allongé à l’ombre, prêt à se faire photographier.

Je fini par sortir de la forêt et, changement assez radical d’environnement; de grandes plaines avec quelques arbustes et de gros rochers. Certains que je suis obligé d’escalader un peu pour continuer ma route. Je tombe nez à nez avec un groupe de 11 poneys dont un qui est né ce matin même. Je me suis assis à côté d’eux et 3 sont venu me voir. L’un a tenté de croquer ma chaussure, mais les autres étaient juste curieux et ont apprécié quelques caresses.

La fin de journée était plutôt longue. Pas beaucoup de dénivelé, mais j’étais particulièrement fatigué et un peu trop en douleur. J’aurai pu prendre un raccourci qui coupait 10km du sentier, mais je n’aurai pas vu tous les poneys et je voulais vraiment faire cette section. Je me couche avec encore quelques douleurs mais je ne saurai que demain matin si j’ai trop forcé. J’ai marché une grosse partie de la journée sous ibuprofenes ce qui a un peu masqué la douleur.

Jour 50 : mile 534,1

Quelle journée… Lorsque les ibuprofenes ont arrêté de faire effet en pleine nuit, je me suis réveillé avec de grosses douleurs au cou en raison de l’inclinaison du sol. J’ai commencé à paniquer, persuadé que j’allais avoir un torticolis. J’ai regardé quelles étaient mes options pour sortir prématurément du sentier et atteindre la ville si tel est le cas. 8,6 miles jusqu’à la prochaine route. Puis je me suis déplacé pour m’installer sur la table, bien plus à niveau. J’ai passé une bien meilleure nuit là.

Début de marche vers 7h30 pour ce qui devait être une petite journée. Un peu de dénivelé au matin, juste ce qu’il faut pour me réchauffer, puis je suis les crêtes. Il ne se passe pas grand chose. Je passe à côté d’une cascade très peu intéressante. J’en profite tout de même pour tremper mes chevilles histoire de réduire un peu mes douleurs.

À 14h, j’arrive à l’abri dans lequel j’étais censé m’arrêter. Beaucoup trop tôt pour finir la journée. Chaque pas que je fais aujourd’hui est un pas que je n’aurai pas à faire demain pour arriver en ville. Alors je me décide à pousser un peu jusqu’à un campement. La météo a changé et il n’y a plus de pluie de prévue, donc ça ne me dérange pas de dormir dans ma tente. Flops et Squirrel poussaient jusqu’a la ville aujourd’hui. Le reste du groupe est resté au précédent abri.

Kirby

J’arrive au campement encore trop tôt, donc je pousse jusqu’au prochain. J’ai pas mal de dénivelé positif, et je commence à bien fatiguer, mais je me dis que ça en vaut le coup. Quand j’arrive au dernier campement, je ne suis plus qu’à 4km de la ville… Je suis beaucoup trop tenté par l’idée de faire deux jours complets de repos, et de commander une pizza directement depuis l’abri juste à côté de la route pour aller en ville. Alors je pousse, réalisant ma plus longue journée. 24 miles, soit presque 39km. Je n’ai plus aucune force, j’ai mal un peu partout, et il est 19h30. Je commande 2 pizzas que je dévore autour d’un feu et je m’endors dans l’abri.

Bob

Jour 51 : mile 534,1 – Marion

Je me lève le matin avec quelques douleurs à la cheville, mais surtout, je me sens tout faible et j’ai quelques courbatures. Ce n’est pas étonnant vu les deux précédentes journées. Néanmoins, aujourd’hui et demain, je suis en repos complet ! J’ai pris une navette pour aller en ville. J’ai fait mon ravitaillement puis je suis allé m’installer dans l’auberge de jeunesse. Je n’ai pas fait grand chose de la journée si ce n’est me reposer, manger et mettre de la glace sur mes chevilles. Au soir, je me sens déjà mieux !

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