Une section très intéressante m’attendait après un repos très efficace. J’allais avoir mes premières neiges au mois de mai, mais j’allais aussi dépasser les 1000km et je terminerai le premier quart de l’aventure.

Jour 52 : mile 534,1 – Marion

Aujourd’hui, j’ai profité d’une seconde journée de repos complet. Au programme, une bonne sieste, quelques heures au spa de la ville avec des jacuzzi, hammam et piscines, puis un bain avec du sel d’epsom. Une journée vraiment très reposante comme j’en avais besoin. Le soir, on a mangé et restaurant japonais avant de sombrer pour une très longue nuit.

Jour 53 : mile 552,6

Il est temps de retourner sur le sentier après deux jours entiers de repos. Ma cheville est toujours un peu douloureuse, ou plutôt, je ressens une gêne un peu plus haut que là où j’avais des douleurs. C’est un peu bizarre.

Je prends une navette qui me dépose sur le sentier vers 9h. PinkFlops et Bob sont déjà parties car elles veulent prendre de l’avance pour nous rattraper après avoir pris une semaine de pause avec leur conjoint d’ici deux semaines. Elles sont parties pour 26 miles alors que nous en prévoyons 18.

Les vidéos YouTube, les documentaires et les photos de ce genre de randonnée longue durée montent souvent que les bons côtés de l’aventure. Et en effet, il y en a beaucoup, ce qui rend ce genre de voyage très intéressant. Mais il y a aussi toutes ces mauvaises journées, ces moments difficiles, et ces moments de doutes qui rendent l’expérience compliquée et challengeante. Aujourd’hui, du moins ce matin, en fait partie. Je ne me sens pas vraiment bien en faisant mes premiers pas. Ma cheville étant dans un état un peu bizarre, ça me ronge le moral. La météo était aussi capricieuse, avec de gros nuages et du tonner au loin. Je sais qu’il va pleuvoir cette nuit, et toute la journée de demain, donc je ne suis pas très enjoué de quitter le petit confort de la ville. C’est souvent dans ces moments là que je me demande pourquoi je marche. De gros moments de doutes pendant lesquels la tentation de tout abandonner est très forte. Des moments pendant lesquels je ne trouve pas de plaisir à marcher. De longs moments à ruminer des choses qui ne me plaisent pas. Ces moments là sont pourtant importants. Ce sont ceux qui permettent de mieux apprécier les bons. Ces moments qui rendent plus fort. Ces moments qu’il faut surmonter. « Ne jamais abandonner pendant une mauvaise journée » est mon mantra, et c’est ce qui m’a maintenu sur les sentiers aussi longtemps.

Pour aider à faire passer ce genre de moment, j’ai tendance à utiliser la caféine couplée avec de la musique ou un podcast. Je diverti mon esprit pour continuer à avancer vers le nord, vers de meilleurs jours. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié arriver dans une station essence aux alentours de midi, alors que j’étais perdu dans mes esprits en écoutant de la musique. J’y ai acheté un milkshake puis j’ai repris ma route sous l’autoroute 81, puis au travers quelques pâtures. J’ai par contre trouvé un tique sur mon sac à dos. Je vais devoir faire attention dès maintenant à bien vérifier mon corps avant de me coucher.

J’ai fini par atteindre le mile 548,5 (877,6km), marquant un quart de la distance totale. Je viens de compléter 25% du sentier. Ça me donne un coup de boost ! Je continue la route sur une petite montée puis une descente jusqu’au campement. Malheureusement, il n’y a pas d’abri dans le coin donc je monte ma tente. Je sais qu’il va pleuvoir demain, mais j’espère ne pas trop en souffrir.

Jour 54 Pluie 12 : mile 569,8

Première journée depuis bien longtemps sans douleurs ! Aucune ! Quel bonheur… J’ai fait une excellente nuit ce qui a clairement aidé à être en forme. Une légère pluie a débuté aux alentours de 3h. Quand j’ai rangé mes affaires, ça s’est arrêté pendant quelques minutes. J’ai commencé à marcher vers 7h30 pour une journée de 17 miles.

La pluie était vraiment légère, et il faisait plutôt chaud donc je n’étais pas dérangé. Il y avait par contre un peu trop de buissons et branches pour utiliser mon parapluie. Elle s’est arrêtée pendant quelques heures en fin de matinée, me permettant de faire quelques pauses au sec. Je suis sorti de la forêt et le sentier a traversé quelques pâtures à nouveau. C’était vraiment beau de voir les nuages descendre le long des montagnes de la chaîne que je venais de descendre. Le seul souci, c’est qu’il faut monter sur des sortes de ponts en bois très inconfortables et glissants à chaque fois qu’on rentre ou sort d’une pâture, afin de passer au-dessus des barbelés.

Je suis arrivé sur une route à côté de laquelle je prévoyais de faire une petite pause. Quand j’ai vu qu’une auberge de jeunesse était à 200m et proposait des glaces, je n’ai pas pu m’empêcher d’y aller. J’ai retrouvé Pink Flops qui finalement voulait rester avec nous plutôt que de prendre de l’avance. J’ai mangé deux glaces et j’ai repris la route jusqu’à atteindre un abri sous lequel je me suis abrité pour grignoter un peu. Une très grosse averse est tombée pendant ce temps-là. Une seconde un peu plus tard, mais j’étais protégé par mon parapluie. J’ai fini par atteindre la première rivière à traverser de toute l’aventure. Il y a habituellement des ponts, mais celui ci a rendu l’âme il y a quelques années. Il n’y avait par contre pas beaucoup de fond, c’était très simple à traverser.

Le reste de la journée, j’ai eu quelques moments de pluie, mais principalement de gros nuages. J’ai fini la journée sur une très longue montée au-dessus des arbres. Juste avant que j’arrive au sommet, le soleil a pointé le bout de son nez. Quand j’ai voulu sécher ma tente, j’ai vu de gros nuages noirs arriver à vitesse grand V. J’ai préféré ne pas risquer, et j’ai bien fait. 5 minutes après, une très grosse averse a commencé. Je suis bien au chaud dans l’abri, et surtout, je suis plutôt sec. Le vent s’est aussi levé. C’est un peu le déluge dehors ! L’abri peut héberger presque 12 personnes, a une table en intérieur et a une porte, ce qui est assez rare pour être notable. Juste avant l’averse, j’ai réussi à prendre quelques photos du plus bel arc-en-ciel que j’ai pu voir de toute ma vie.

Jour 55 Pluie 13 : mile 585,0

Pour un premier mai, j’ai eu une sacrée surprise en ouvrant la porte de l’abri. Alors que j’avais eu 28 degrés il y a deux jours, la température est tombée à -4 cette nuit, et il a neigé. Malgré l’humidité du sol, la neige a un peu tenu. Première neige de l’aventure ! Certains randonneurs ont déjà changé leur matériel pour celui d’été, un peu plus léger, mais sont actuellement en train de regretter leur décision.

Ils avaient prévu de la pluie pour aujourd’hui, donc je n’étais vraiment pas motivé en sortant de l’abri. J’avais presque toutes mes couches sur moi tant il faisait froid avec ces 60km/h de vent. Mais le sentier est rapidement redescendu et je me suis retrouvé plutôt abrité des rafales. J’ai suivi une petite chaîne de monts assez simple à traverser. Juste un enchaînement de petites montées pour travailler le cardio, et de nombreuses sections de plat. C’était vraiment plaisant, surtout avec les flocons de neige qui tombaient par intermittence. Parfois, ils se transformaient en pluie avant de m’arriver dessus, mais le plus souvent, s’étaient encore des flocons. J’ai même eu du soleil et un peu de ciel bleu aujourd’hui !

J’ai profité de ma pause du midi pour sécher ma tente. Le soleil n’était plus, mais le vent était suffisant pour qu’en 20 minutes, j’ai une tente toute sèche. De mon côté, j’étais souvent humide de sueur car j’ai marché la plupart de la journée avec mon polaire et mon haut de pluie, mais il faisait trop froid pour que je la retire. La fin de journée était particulièrement simple. Un long plat très plaisant sur lequel j’avançais à vive allure, puis une descente jusqu’à une rivière à côté de laquelle j’ai monté ma tente. Il était 15h30 quand je suis arrivé au campement. Nous étions beaucoup, une bonne dizaine, et avons fait un petit feu pour nous réchauffer, entrecoupé de petites averses de pluie fine. Finalement, je n’ai pas trop été dérangé par la météo très imprévisible et surprenante. C’était même une plutôt bonne journée.

Jour 56 : mile 603,7

Le plan a changé. Plutôt que de faire 8 miles aujourd’hui, nous en avons fait 18,8 afin d’arriver à Pearisburg dans 3 jours au lieu de 4. Les 6 premiers miles m’ont amené dans un petit restaurant dans lequel j’ai pris un bon burger et un mélange milkshake. J’ai acheté un peu de nourriture pour tenir la journée et les deux prochains jours et j’ai repris la route, descendant vers l’autoroute 81, la traversant, puis remontant dans les montagnes.

C’était une journée plutôt simple, même si j’avoue être très fatigué. Une fois la longue montée de passée, c’était un enchainement de petites montées et descentes avec de nombreux points de vue sur la chaîne de montagne d’en face. Les vues sont de plus en plus obscurcies car la canopée se développe rapidement. Le tunnel vert est en train de se former.

Il a fait un grand soleil aujourd’hui, mais je n’ai pas quitté ma polaire car les rafales à 80km/h rafraichissaient l’atmosphère. Néanmoins, nous n’avons pas eu la pluie qui était prévue. Demain par contre, ils prévoient de la neige à nouveau, avec pas mal de vent. On verra ce que ça donne, car j’ai compris que la météo est très imprévisible par ici.

Jour 57 Pluie 14 : mile 630,3

Début de journée sous la neige, puis sous la pluie. Ça se calme après deux bonnes heures et me voilà lancé pour une grosse journée. Je fais ma première pause après 15km. Le sentier descend lentement dans une forêt de plus en plus verdoyante. À un moment, je suis dans un sous bois et deux options s’offrent à moi : continuer sur le sentier ou faire un détour un peu plus court mais bien plus raide. J’avais envie de m’approcher un maximum de la ville aujourd’hui pour maximiser mon temps de repos. Alors j’ai pris le détour, et je ne regrette pas.

Contrairement au sentier officiel qui se ressemble beaucoup de miles en miles, ce détour était bien moins balisé, nécessitant plus de concentration, et j’étais vraiment perdu dans une nature bien plus dense, rendant tout ça plus intéressant. C’était un peu comme marcher sur le CDT. La montée était assez longue et raide, mais je l’ai faite d’une traite. La température a chuté et le vent s’est renforcé avec des rafales à 80km/h. Juste avant que je ne rejoigne le sentier officiel, une grosse branche morte est tombée à une dizaine de mètres de moi. Ça m’a beaucoup surpris !

La neige a repris quand j’ai suivi une route de terre qui longeait le sentier. C’était un peu moins douloureux aux chevilles que de marcher sur pleins de pierres. J’ai même été surpris par une énorme dinde qui s’est envolée juste à côté de moi alors que je ne l’avais pas vu. Un peu plus loin, j’ai fait connaissance avec les parents de Magpie, une fille que je croise de temps en temps sur le sentier. En l’attendant, ils ont cuisiné du chili et m’en ont donné deux bols. Manger chaud alors que j’étais congelé par le vent et que je ne sentais plus mes doigts était un vrai régal…

En continuant ma route, j’ai fait une dernière montée jusqu’à un point de vue duquel je pouvais voir plusieurs chaînes de montagne et les dégradés de verts des forêts alentours. Le ciel s’est un peu découvert laissant le soleil apparaître. C’était magnifique.

J’ai atteint l’abri quelques minutes plus tard et comme il n’était encore que 16h, j’ai pris la décision de pousser un peu plus loin jusqu’à un campement, me rapprochant beaucoup de la ville. Il n’était plus censé pleuvoir de la journée ni de la nuit donc ça me pose moins de soucis de faire ça. J’arrive au campement après une grosse journée de 22 miles (35km). Je suis rejoint par Stairmaster et Squirrel. Alors qu’on était en train de manger, la pluie est revenue. La météo est vraiment très instable et imprévisible en ce moment… Au moment où on se couche, ça s’est transformé en neige à nouveau. J’ai eu froid toute la journée mais je devrai être à l’aise dans mon sac de couchage. Je n’ai plus que 6,5 miles (10km) à faire pour arriver en ville et déguster une glace de chez DairyQueen. C’est un fast-food qui fait des glaces incroyables, et la dernière que j’ai eu, c’était au mile 69… Il y a presque 600 miles que je l’attend ! D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai dépassé les 1000km de marchés sur cette aventure… Encore 2500 devant moi !

Jour 58 : mile 637 – Pearisburg

Je n’ai pas tardé en rangeant mes affaires ce matin. Je n’ai d’ailleurs pas mangé. Je n’avais que 10km pour atteindre la ville et pouvoir déguster cette fameuse glace que j’attend depuis si longtemps… Il fait particulièrement froid, donc j’apprécie beaucoup que mon rythme cardiaque monte rapidement. Il y a un peu moins de nuages que la veille mais toujours autant de vent.

J’ai une petite montée pour retourner sur la crête puis je la suis pendant quelques kilomètres. J’ai droit à une impressionnante vue sur toute la vallée avec les différents jeux de lumières entre les nuages. Plus loin, j’arrive à Angel’s Rest Rocks, une protubérance rocheuse qui offre une vue sur la vallée de l’autre côté. Je ne me suis pas éternisé car je commençais à avoir très faim. J’ai presque couru dans la longue descente jusqu’à arriver au DairyQueen. A la caisse, la mère de Magpie (que j’avais rencontrée hier) était en train de payer pour son repas. Elle a tenu à m’offrir le Blizzard, la fameuse glace que j’attendais. 1300kcal que j’avale en quelques minutes. Puis j’en achète un second. Deux heures plus tard, j’étais avec tout le groupe dans un buffet à volonté pour 3 assiettes et 2 pots de glace…

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